Jack O’Lantern est reparti dans son entre-deux mondes, charbon ardent levé, condamné à errer pour s’être joué du Diable. Mais les passages sont-ils hermétiquement clos, le reste de l’année ? Dans les ombres, par les interstices, ne peut-il pas s’y glisser quelque chose de plus terrifiant encore, pendant que nous les célébrons les monstres grimaçants et les figures aux draps troués ?
C’est l’automne deuxième époque, où les arbres se meurent et prennent leur allure charbonneuse, découvrent leurs branches tordues comme des serres et griffent et giflent comme le vent sur les plaines.
Quelque-chose s’est levé et prend possession, comme la vengeance ricanante d’une terre meurtrie, propriété maléfique des sols arides sur lesquels l’on tente encore de vivre. C’est la colère noire qui tombe et plombe les ciels reculés que l’on ne voyait plus, perdus dans les illusions marchandes des grandes cités clinquantes.
C’est la cérémonie noire où l’on ne joue plus à se faire peur mais où l’on invoque les monstres en vrai, car il n’y a plus que ça à faire pour s’occuper lorsque l’on a fini d’épuiser l’argent et l’avenir pour les enfants.
Un maléfice, un charme, un écho lointain charrié par le vent saturé de poussières. L’isolement et le labeur sont deux démons qui obligent à courber l’échine, les yeux au sol l’horizon invisible le monde ailleurs comme une terreur, supposé coupable des pires intentions.
Cérémonies incantatoires sur tapis de feuilles tombées, l’orange et le jaune les couleurs des espoirs trompés.
Maintenant le soleil masqué, l’or ne carresse plus le monde d’un filtre-sublimation des pourrissements, quiétude contemplative.
La lumière est grise et la pluie drue, torture de la goutte sur la tête, les boues sont matières fécales et c’est la métaphore du rejet partout, tout le temps. Tout est froid et l’on se traîne mais ça grimace à l’intérieur car c’est un paysage de no man’s land, rien ne sort et rien ne rentre, et puis le monstre est lâché comme un Cthulhu pitoyable et, dans son appétit qui semble insatiable, il pourait bien en engendrer d’autres, ailleurs, à son image.
Alors on plonge dans l’inconnu, l’infini noirceur des lendemains qui déchantent, et les espoirs des uns seront les cauchemars des autres.

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