Indochine : Black City Tour 2, La Prouesse.

nicobannière

Nicola Sirkis adore les défis. On sent que c’est quelqu’un qui ne se repose jamais sur ses lauriers, dont le cerveau en ébullition a toujours besoin de chercher de nouvelles choses. Et cela se ressent particulièrement sur scène.

Depuis la tournée du Dancetaria Tour en 99, Indochine utilise des écrans sur scène, pendant les morceaux. Au départ, ce n’est qu’un écran en fond de scène qui agit comme une petite fenêtre s’ouvrant directement sur l’univers du groupe.

Même procédé sur le Paradize Tour, avec peut être plus de films projetés et mieux réalisés encore. Mais pour l’instant, ce ne sont que des bribes. On sent l’envie d’amener le spectateur dans un univers, sans pour autant escamoter les musiciens et les morceaux en live. Ils y vont donc par petites touches.

Le procédé atteint une étape supplémentaire sur l’Alice et June Tour. On garde l’écran en fond de scène, des vidéos à mi chemin entre rêve et cauchemar. Mais la nouveauté, cette fois, c’est la présence d’un décor sur scène. Le groupe évolue donc sur une pelouse bien verte avec, d’un côté de la scène, de grosses fleurs bien colorées et, de l’autre, 3 hauts arbres décharnés et noirs. Le contraste des deux rappellent beaucoup l’univers de Tim Burton, mais aussi ces peintres que Nicola découvre et admire à l’époque, comme Mark Ryden ou Ana Bagayan (qui signa la pochette du disque). Sur la deuxième partie de la tournée, le groupe ajoutera même devant eux, pour le premier morceau, un rideau transparent sur lequel seront projetés des éléments 3D. Ce n’est donc plus une simple fenêtre dans le fond de la scène que l’on a. Le groupe se met carrément en scène dans son univers, et l’effet est réussi.

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Mais il veut aller plus loin. Il ne faut plus seulement que le public soit spectateur, il faut qu’il soit intégré dans son univers, renforcer l’immersion. Et cette idée fut sûrement la base de travail de la scénographie de la tournée suivante, le Météor Tour.

Fini le décor de scène, et, cette fois, ce n’est pas un seul mais un maximum de 5 écrans géants (6,8 mètres de hauteur sur 12m de large), disposés en arc de cercle en fond de scène et sur les côtés. Quand le public découvre le dispositif sur le deuxième morceau de la set list, Little Dolls, il en a le souffle coupé. Tout le monde, peu importe l’endroit où il est placé dans la salle, est environné d’images. On a l’impression que, en terme d’immersion, le groupe a atteint l’apogée de ce qu’il peut faire techniquement, et l’on se demande bien ce qu’ils pourront faire la prochaine fois…

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Black City Tour 2 : «Le Serpent»
Une fois installé dans la salle, les repères ne changent pas. La scène est à l’endroit habituel, en arc de cercle, et une avancée qu’il n’y avait pas sur la première partie de la tournée – jouée sans décor particulier – vient la compléter. Quand on regarde en hauteur, par contre, on s’aperçoit qu’un rail en arc de cercle, qui démarre et fini de chaque côté de la scène, entoure une partie de la fosse.

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Les lumières s’éteignent et l’éclairage de scène amène une ambiance bleue nuit sur l’instrumentale Trashmen. Le public explose et bat avec enthousiasme la mesure. Cette fois, pas de rideau pour cacher la scène au public. On devine les instruments dans le noir, la scène est vraiment grande.

Noir complet. L’intro rallongée de l’album, sur le texte de Mireille Havet, démarre. Fond de scène : des images clignotent progressivement sur ce que l’on aperçoit comme étant un énorme écran en arc de cercle. Comme sortant d’un fondu, on voit des arbres, une clôture et, au loin, une ville noire. Et la magie opère.

Travelling avant, on passe les arbres et la clôture pour plonger dans cette ville noire. De chaque côté de la scène, à mesure que le travelling avance, l’écran se déplie pour venir progressivement entourer littéralement le public. Nous sommes, dans la fosse, entouré par l’écran. Nous avons l’impression de voler dans cette ville, derrière moi les deux parties de l’écran se sont maintenant rejointes. C’est incroyable. Et pendant ce temps là, pendant que nous regardions tous ébahis ce «serpent» d’images, le groupe est tranquillement arrivé sur scène et démarre son Black City Tour avec l’énorme Black City Parade. L’écran se rétracte pour que tout le monde profite du groupe, mais l’arc de cercle en fond de scène diffuse toujours des images et l’écran dépasse tout de même de chaque côté de la scène pour conserver un peu cette sensation d’immersion pendant le morceau.

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Comme on l’a vu, le but d’Indochine est d’immerger le spectateur dans son univers, mais pas de noyer leur prestation rock sous une surenchère d’effets. Aussi l’écran à 360 n’interviendra, entièrement déplié, qu’à 4 ou 5 reprises, avec des variantes. Sur Belfast, une très jolie vidéo est diffusée uniquement en fond de scène, reprenant visuellement des éléments constitutifs de l’oeuvre de Sylvia Plath : des aubes qui se lèvent, une certaine idée d’évasion, un cheval (le Ariel de la chanson, qui reprend donc le titre d’un poème de Sylvia Plath, était le nom de son cheval blanc).

L’écran nous entoure une fois de plus sur Memoria, le fond de scène diffusant des images du clip d’Yves Bottalico, l’écran autour du public affichant des trainées lumineuses, comme les néons d’une ville diffractés par le flou d’une caméra.

memoria

Le système déployé par Indochine (112 mètres de long et 8,7 mètres de haut, affichant des vidéos HD à 19000 pixels, nous explique le site du Parisien.fr) touche à la grâce pure sur le morceau Wuppertal. On a vu dans un précédent article l’origine et l’inspiration de ce morceau. On va plus loin sur scène : une jeune femme exécute tout le long des mouvements de danse sur l’écran en fond de scène. Cette fois l’écran ne se ferme pas autour du public, mais le rail envoie se promener deux écrans carrés, affichant cette danseuse, Alice Renavand, en mouvement autour du public. 

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Derrière toutes ces idées, il y a bien sûr Nicola Sirkis. Pour les réaliser, évidemment, toute une équipe de vidéastes et de techniciens en effets spéciaux et lumières. Mais les idées viennent de Nicola, et l’homme révèle souvent être influencé par l’art contemporain. Wuppertal nous l’a prouvé, de même que l’intro de L’Aventurier nous le prouve à nouveau. Il n’est pas rare pour un artiste d’utiliser les moyens technologiques à sa portée pour transcender un geste, une émotion. C’est ce qu’il se passe sur l’intro de L’Aventurier.

Entre le groupe et son public, la relation est fusionnelle, on le sait. Surtout avec son chanteur/leader, il faut bien le dire. C’est lui qui relance son public, qui vient le chercher, qui vient à sa rencontre, et le public a toujours répondu avec chaleur.

Alors il a décidé, sur cette tournée, de littéralement l’enlacer tout entier.

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L’intro de L’Aventurier commence sur deux mains jointes sur l’écran en fond de scène. Des mains qui vont progressivement s’écarter, pour révéler un torse nu. On reconnaît Nicola à l’écran grâce à ses fameux bracelets. Tandis que les bras s’écartent de plus en plus, l’écran se déploie sur les côtés. Le mouvement est lent, et très significatif. Les mains, les bras, l’écran avancent, jusqu’à se rejoindre derrière une partie du public de la fosse. Le geste est accompli, l’idée est achevée : Nicola Sirkis tient son public dans ses bras.

Une explosion de la batterie et un feu d’artifice balaient l’instant pour revenir au rock et à l’énergie de L’Aventurier. Mais le public reste ébahi par ce qu’il vient de voir, par la beauté du geste. Une idée simple, sans artifice, mais du jamais vu dans une salle de concert.

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Le premier concert du Black City Tour 2 s’achève sur Pink Water. Comme toujours, le show était électrique, énergique. Evidemment, il a besoin d’être rôdé, on sentait un Nicola Sirkis pas forcément très à l’aise sur les deux premiers morceaux. On imagine l’homme assez stressé par les enjeux de cette première date : est-ce que tout le système va fonctionner correctement ? Est-ce que le public va y être réceptif ? Mais évidemment, le public y a très bien répondu, toujours prêt à suivre son groupe où ce dernier veut bien l’emmener. La machine est lancée maintenant, et ce show va faire du bruit. C’est le concert à voir cette année. Parce qu’Indochine est, avant tout, un groupe de scène, parce que la relation avec leur public est à nulle autre pareille. Mais aussi, assurément, parce que l’immersion dans leur univers particulier, tantôt sombre, tantôt lumineux et tantôt poétique, atteint un nouveau sommet sur cette tournée.

A partir de là, une unique question s’impose à l’esprit  : Que faire ensuite ?

Franck L

nicopublic

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6 réflexions à propos de “ Indochine : Black City Tour 2, La Prouesse. ”

  1. Colle Clarisse a dit:

    Superbement bien écrit et le ressenti de l’auteur est d’une pureté incroyable. Bravo pour ce texte.

  2. Laëtitia a dit:

    Quel article! Juste! et nos émotions y sont tellement bien retranscrites…waouh!

  3. J’y étais le 11 octobre….Magique, émouvant et inoubliable….Merci !

  4. Très bel article qui exprime très bien ce que représente Indochine. Personnellement j’ai fait deux concert 1 BCP et un BCP 2, je ferai un nouveau BCP puisqu’ils reviennent à Nantes en mars et j’ai hâte de voir ce que l’on va pouvoir nous proposer pour le Stade de France. Je précise que je suis pas une jeune fan (56 ans). Dès que le concertt commence on sent une communion entre nous tous, on oublie tous nos soucis pendant les plus de 2 h de concert. Merci.

  5. Sympa d’utiliser une de mes photos sans me prévenir… 🙂 Mais bel article malgré tout.

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