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Quelques notes sur des films actuellement à l’affiche.

Déjà, la bonne surprise Sicario, La Guerre des Cartels. Après une ouverture un peu confuse qui mêle le terrorisme islamiste à l’immigration mexicaine contrôlée par les cartels, on comprend que le film s’attache plutôt à mettre en lumière la politique belligérante des États-Unis, et leur propension à se fabriquer des ennemis et à déclencher des guerres.

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L’atmosphère y est lourde et désespérée, le film est mené par deux anti-héros qui ne semblent reculer devant aucune exaction, l’un par vengeance, l’autre par un sens tout personnel du devoir.

Cette suite est réalisée par Stefano Sollima, réalisateur de la série Romanzo Criminale ou encore Gomorra. Il est le fils de Sergio Sollima, l’un des trois fameux Sergio du western italien, une filiation qui imprègne son cinéma, avec sa manière de filmer les grands espaces de chaque côté de la frontière mexicaine, mais aussi cette mise en scène du dernier acte, comme un opéra funèbre, son héros ressuscitant dans la terre et le sang.

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Du côté des blockbusters américains et en particulier de la licence Star Wars, c’est encore la grande machine à formater les imaginaires en un produit, à la manière de Rogue One, visuellement fade et sans une once d’idée de mise en scène.

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Côté coulisses, c’est une énième histoire de réalisateurs virés en plein tournage comme Hollywood en produit depuis des décennies. Par le passé cela n’a pourtant pas toujours empêché les chefs-d’oeuvre (voir par exemple les films produits par Selznick), mais ce sont maintenant les financiers qui dirigent les studios, et la plupart du temps lorsqu’ils sont très interventionnistes, cela ne produit que du divertissement sans ambition.

Ça ne loupe pas ici, personne ne semble croire un minimum à cette histoire de chasse au carburant précieux, histoire supposée raconter la jeunesse d’un personnage dont l’un des charmes, dans la trilogie d’origine, était de surgir en cours d’histoire comme un cow-boy solitaire (mais en duo), avec le poids d’un vécu que l’on ne faisait que deviner et que l’on n’avait pas besoin de connaître.

Mais il est vrai qu’Hollywood est souvent le destructeur de ses propres mythes.

Les Indestructibles 2 ne crée plus vraiment la surprise. Les studios Pixar, reconnu pour ses histoires originales, ont depuis bien pris le pli Disney de tirer des suites de ses grands succès.

Mais, dans un espace fictionnel sur-saturé par les super-héros Marvel (Disney, donc), la mise en scène de cette famille aux pouvoirs extraordinaires est toujours aussi réjouissante.

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Et Brad Bird sait y faire, avec son découpage très lisible et très dynamique, il a une manière ludique, à la caméra virevoltante, de représenter chaque super-pouvoir à l’écran.

Et puis, voir ce Superman bedonnant se faire homme au foyer pendant qu’Elastigirl sauve le monde, ça prend un contrepied savoureux et bienvenu, et c’est générateur d’un délicieux burlesque domestique.

Comme pressenti à la fin du premier, la découverte des pouvoirs du bébé Jack-Jack reste tout de même l’attraction principale d’un film un poil trop long.

Et sa séquence de combat, avec un raton-laveur ! Un vrai moment d’anthologie.

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Voir un film de Quentin Dupieux, c’est apprendre l’absurde comme une deuxième langue. Et de langage, il y est beaucoup question dans Au Poste ! puisque le film s’amuse à rendre concret tout le potentiel absurde qui peut naître d’une tentative de communication entre deux individus. Dans le discours, mais aussi dans la pratique même du discours, comme lorsque l’on raconte un souvenir avec ce que l’on imagine un fort pouvoir d’évocation à quelqu’un qui n’y était pas, ou lorsque des pensées parasites viennent focaliser l’attention pendant que l’on essaye de se concentrer sur tout à fait autre chose.

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Le film tire aussi sa force d’une durée ramassée (1h13), ce qui oblige à l’enchainement.

Et, bien sûr, des interprètes, Benoit Poelvoorde et Grégoire Ludig en tête.

Comme souvent, il s’agit aussi de mettre en scène le regard du spectateur, ici dans un coup de théâtre que j’ai du mal à ne pas révéler, puis dans la représentation même du spectateur désormais habitué aux fameuses séquences post-générique.

A quelques moments du film je pensais au cinéma de Bertrand Blier, Buffet Froid en particulier, pour sa façon de mettre en exergue l’absurde de certaines situations même violentes. Alors je ne m’étonne pas de retrouver le cinéaste dans les remerciements de Quentin Dupieux en fin de générique.

Comme on est dans la police, il s’agira donc d’ouvrir l’oeil et le bon, et surtout de se précipiter en salle.

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