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David Bowie n’est pas mort.

Quel réveil misérable que le mien, en ce jour pluvieux de janvier. Il ne m’aura même pas fallu passer par les réseaux sociaux pour apprendre la triste nouvelle. Certains de mes amis, qui connaissent mon attachement pour l’artiste, m’ont dès 8h averti par texto.

Mais que signifie la mort, pour David Bowie ? Pour David Jones, la mort est sûrement la même que pour nous autres. Le chagrin des proches, l’absence, le vide…

Mais pour David Bowie ? La mort n’est qu’une étape, une incarnation de plus. Une ultime transfiguration, une performance.

Ziggy Stardust se suicidait sur scène, annonçant la mue de Bowie en un autre personnage.

David Bowie met en scène sa transformation finale, chantant « Look up here, I’m in heaven, I’ve got scars that can’t be seen » dans son dernier single, Lazarus.

Comme une étoile (noire), il s’est éteint quelque part, mais sa lumière continuera de nous parvenir encore pour des milliards d’années.

David Bowie fut pour moi une révélation. Un homme qui fut le creuset de plusieurs arts (musique, danse, mime, peinture, cinéma, théâtre, mode…) qui dessinèrent la silhouette d’un artiste, si ce n’est une divinité, au moins une légende de son vivant.

J’eus la chance de visiter, à deux reprises, à Londres et à Paris, l’exposition qui lui était consacrée : David Bowie Is.

L’évidence de son génie y était étalée là, comme un immense puzzle aux pièces éparpillées. L’on y entrevoit quelques formes, des parcelles, mais l’image entière nous échappe. Elle nous échappera toujours.

David Bowie s’est inspiré de tout pour inspirer tout le monde. Transformant, se ré-appropriant l’essence même de tout ce qu’il touchait pour en faire une définition d’un moment précis de sa vie. D’un instant t, pour ensuite passer à autre chose.

Il ne se souciait guère de la mode, si ce n’est pour la devancer en paraissant toujours plus extravagant.

« Fashion!
Turn to the left
Fashion!
Turn to the right »

Il ne suit aucun mouvement car il est toujours en mouvement.

David Bowie n’est pas un « Roi de la Pop ». Il est au delà de la pop. Pour lui, le rock, la soul, le disco, le dub, le jazz, le rock indus, la techno… ne sont que des couleurs disposées sur une palette. Son esprit est le pinceau.

Il m’est très difficile d’écrire sur David Bowie, il exerce une réelle fascination sur moi et, tenter de le comprendre en entier, c’est tenter de comprendre un dieu.

Alors, pour essayer d’en faire un portrait, de faire le portrait de mon David Bowie, voici, sans ordre particulier, mes 20 morceaux préférés :

-Blackstar : étrange, magnifique, angoissant. Ce single annonçait l’album éponyme sorti le 8 janvier, anniversaire de Bowie (69 ans), deux jours avant sa mort.

 

-Space Oddity : Angoisse, toujours. Celle de l’espace et de la solitude. Bowie fut marqué par le 2001 de Kubrick.

 

-Young Americans : Après d’immenses succès en Angleterre, Bowie s’envole pour les États-Unis et découvre la soul. Il se l’approprie, et c’est génial :

 

-I’m Deranged : extrait de l’album 1. Outside qui raconte l’enquête d’un détective sur des « crimes artistiques » perpétrés par un étrange serial killer, ce titre instille une brume malsaine autour de la voix mélodieuse et profonde de Bowie. Lynch s’en servira comme générique pour son Lost Highway.

 

-Everyone Says « Hi » : extrait de l’album Heathen, un titre dans la veine la plus pop de Bowie. Avec un certain fond mélancolique.

« Said you sailed a big ship
Said you sailed away
Didn’t know the right thing
To say »

 

-Life on Mars? : la mélodie, les cordes, le piano, la voix de Bowie : le morceau entier atteint des hauteurs stratosphériques. Inoubliable.

 

-Five Years : un morceau de fin du monde. La Terre n’a plus que 5 ans d’existence, et Bowie le hurle en pleurs dans son micro. Un chef d’oeuvre.

« We’ve got five years, stuck on my eyes
We’ve got five years, what a surprise
We’ve got five years, my brain hurts a lot
We’ve got five years, that’s all we’ve got »

 

-Where are we now ? Je me souviens de ce 8 janvier 2013. J’avais depuis longtemps abandonné l’idée de voir un jour apparaître dans les bacs un nouvel album de Bowie. Je me réveille à 5h du matin ce jour là. Je me connecte sur internet depuis mon smartphone pendant que je déjeune. L’info venait juste de tomber, un nouveau titre de Bowie est disponible, tandis qu’un album était annoncé quelques mois plus tard. À l’heure des réseaux sociaux et de l’info disponible à la seconde, il avait réussi à maintenir le plus grand secret autour de ce projet. Il ne donna aucune interview, l’homme était tel un fantôme derrière son disque. Et tout le monde parlait de lui. Il n’y a que Bowie pour cultiver un tel paradoxe, celui d’être une immense star et de pouvoir à la fois disparaitre totalement des radars médiatiques.

Le titre, quant à lui, est une splendeur mélancolique qui évoque le Berlin de sa jeunesse, lorsqu’il y vivait avec Iggy Pop. Il joue d’une voix fragile, faisant craindre une diminution de ses capacités vocales par une quelconque maladie ou la vieillesse. Tout le monde se fourvoie, il est en fait vocalement plus en forme que jamais, comme le prouvera le single d’après, The Next Day.

 

-Ashes to Ashes : le Major Tom de Space Oddity revient, mais il n’est plus qu’un junkie dont il faut se méfier. Couplets et refrain accrocheurs, le genre de morceau qui reste en tête, avec en plus l’humour de Bowie et un clip complètement étrange.

 

-Slip Away : une splendide évocation nostalgique de l’enfance. Ou peut-être autre chose.

 

-Starman : ce morceau, dans Top of The Pops, avec l’accoutrement  de Bowie, fut une révélation pour bon nombre d’artistes. L’un de ses monuments.

 

-Amsterdam : cette reprise de l’immense Jacques Brel deviendra sûrement pour moi, dans quelques années, une madeleine de Proust. À part ça, cette version guitare-voix de Bowie est magnifique.

 

-A Better Future : À qui Bowie demande t-il un meilleur futur ? Un Dieu ? Si cela n’arrive pas, il pourrait bien arrêter d’avoir besoin de lui, de l’aimer. Mais, pour l’instant, rien ne bouge…

« When we talk, we talk to you
When we walk, we walk to you
From factory to field
How many tears must fall
Down there below
Nothing is moving »

 

-Jump They Say : derrière la rythmique sautillante, la guitare plaintive annonce un désespoir. Derrière les Jump !, on sent à la fois un malaise et une tentative de libération. Bowie évoque ici son frère Terry, schizophrène, qui s’est suicidé en 1985.

 

-Station to Station : Ce morceau incroyable est totalement à la croisée de deux styles. Une transformation s’opère sur cet album éponyme, symbolisée par ce morceau. La première partie emprunte au Krautrock dans son intro, qui préfigure les envies expérimentales de Bowie et Eno sur la trilogie berlinoise dès l’année suivante. La deuxième partie, elle, s’envole vers une énergie soul que Bowie explorait déjà dans l’album précédent, Young Americans. Cela donne un morceau protéiforme étrangement totalement cohérent.

 

-Never Get Old : Le titre à lui seul résume bien Bowie. Il ne vieillit jamais, toujours tourné vers le futur, il en tire une énergie qui semblait inépuisable.

 

-Heathen (The Rays) : encore un extrait de l’album Heathen, qui semble répondre à A Better Future. Il semble y avoir une quête de quelque chose ou quelqu’un « Waiting for something, Looking for someone » mais Bowie se demande s’il n’a pas fixé le ciel trop longtemps.

« I can see it now
I can feel it die »

 

-Sorrow : une reprise enregistrée au Château d’Hérouville, figurant sur l’album Pin Ups. Elle illustre bien la maîtrise pop du Bowie de l’époque.

 

-Cat People (Putting Out The Fire) : Dans ce morceau, l’on profite à la fois de la profonde voix grave de Bowie et de ses puissantes envolées. Titre rock ‘n roll; composé en 1982 pour la BO du film La Féline (Cat People), remake du film de Jacques Tourneur; que Tarantino a utilisé, avec justesse, dans son fabuleux Inglorious Basterds.

 

-Lazarus : je referme cette liste avec Lazarus, dont le clip fut dévoilé ce 8 janvier. Impossible de le regarder sans se dire que Bowie savait qu’il n’en avait plus pour longtemps. Aussi, au delà de l’atmosphère angoissante, le titre revêt maintenant une dimension prophétique déchirante.

 

 

 

Franck L

 

 

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