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Cache cache avec un dragon

Cela fait maintenant 1 an que le public ayant découvert Le Hobbit : Un Voyage Inattendu au cinéma trépigne d’impatience. Impatience qui nous ramenait, pour certains d’entre nous, quelques 10 ans en arrière. Souvenez-vous, après avoir découvert au cinéma La Communauté de l’Anneau ! Impatience de découvrir la suite de la quête de Frodon, évidemment, mais surtout impatience de découvrir la créature Gollum, légèrement aperçue dans le premier épisode. Peter Jackson a ménagé les mêmes attentes pour sa trilogie du Hobbit. Le dragon Smaug, on l’attendait tous, après avoir vu son œil s’ouvrir dans l’ultime scène d’Un Voyage Inattendu. Mais au delà du dragon,  l’enjeu de ce second volet, comme à l’époque pour Les Deux Tours, c’est de proposer un film encore plus spectaculaire, de poursuivre l’histoire démarrée dans le premier épisode sans la trahir… Bref, de monter crescendo jusqu’au dénouement du 3ème volet. Alors, pari tenu ?

355520-la-desolation-de-smaug-premiere-620x0-1 Le film s’ouvre sur… Ba il s’ouvre sur Peter Jackson en fait. Le réalisateur nous gratifie d’emblée de l’un de ses désormais célèbres caméos qu’il s’amuse régulièrement à glisser dans ses films. D’ailleurs, clin d’oeil ultime à sa précédente trilogie, il incarne le même personnage mangeur de carotte qu’il interprétait de manière tout aussi fugace dans La Communauté de l’Anneau, au même endroit : le petit village de Bree.

Le film s’ouvre donc à Bree, sur un petit prologue bienvenu, qui nous raconte la rencontre entre Thorin et Gandalf qui débouchera sur la quête qui nous occupe.

Puis, de retour avec la compagnie là ou on les avait laissé, c’est à dire pourchassé par des Orques. Et là, autant dire que c’est du non-stop pendant plus de 2h30 !

La très bonne idée de Peter Jackson et ses scénaristes (Fran Walsh, son épouse et Philippa Boyens, la même équipe créative que sur LSDA), c’est d’avoir voulu proposer plus qu’une simple adaptation du livre Bilbo Le Hobbit. Car, sinon, un seul film aurait suffi, de 3h certes, mais juste un. Non, là, l’envie est aussi celle de raccorder cette histoire avec les événements du Seigneur des Anneaux. Et pour cela, ils sont allé simplement puiser dans les appendices écrits par Tolkien à la fin du Seigneur des Anneaux, qui lui même avait le souci de raccorder cette oeuvre gigantesque avec les histoires publiées avant. Ici, cela permet d’étoffer l’histoire, de donner du contexte aux événements développés 10 ans auparavant. Et de lier les deux trilogies.

S’il y a bien une chose qui se ressent, c’est l’amour que porte Jackson à cet univers. Il prend un plaisir communicatif à arpenter ces lieux, filmer ces personnages, raconter cette histoire. C’est ce plaisir immense qui emporte le spectateur.

Si le premier film servait bien évidemment d’introduction, celui-ci enchaine les événements. Sans lasser ou abrutir et c’est bien là le miracle, car Jackson s’autorise toujours, par ci par là, des petites scènes de respirations bienvenues. Ainsi, et les fans auront sûrement crié au scandale, il invente carrément un nouveau personnage, Tauriel, une elfe des bois, que convoite Legolas mais qui s’éprend plutôt d’un nain. Petite amourette naissante filmée de façon très naïve mais qui apaise un peu au milieu des grandes scènes d’action.

Mais le gros du film reste, évidemment, le grand spectacle. Et là, autant dire que l’audience est servie.

Ça commence par une séquence entre frissons et poésie lugubre dans la Forêt Noire, où Bilbo et les nains se perdent. Après un plan sublime dans lequel Martin Freeman apparaît au dessus de la cime des arbres et assiste à un envol de papillons sur fond de soleil couchant, la compagnie est attaquée par une horde d’immondes araignées géantes. Il est intéressant de noter la facilité déconcertante avec laquelle Peter Jackson passe d’un moment prodigieux de rêverie éveillée à un instant de cauchemar dégoûtant. Les morceaux de bravoure du genre s’enchaînent à un rythme régulier jusqu’au fameux dénouement, avec comme pièce maîtresse une incroyable descente de rivière à tonneaux. C’est bien simple, c’est ahurissant. Les Nains qui dévalent le cours d’eau, les Orques qui les attaquent depuis la berge, Legolas et Tauriel derrière puis au milieu puis sur les tonneaux…. Ça part de tous les côtés et, chose miraculeuse, le tout est parfaitement lisible ! Toutes ces scènes prouvent une fois de plus que Peter Jackson est un grand réalisateur qui maitrise son langage visuel. Ah, il pourrait en apprendre, à certains tocards empileurs de blockbusters sans âme ! Si je cite Leterrier (Insaisissables) par exemple, on va dire que je m’acharne. Mais on peut citer aussi Michael Bay, les types qui ont réalisé Die Hard 5 et Fast &  Furious 6, et encore, pour ne citer que des films sortis cette année ! Hop, tous à l’école Jackson ! Car le mec possède une fluidité, un art de la composition, exemplaires ! Son découpage est précis, jamais hasardeux, il sait à tout moment ou aller. Comme un Spielberg d’ailleurs, même si Jackson ne nous a pas encore sorti de plan séquence de folie comme Steven sur Tintin.

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Même au niveau de l’histoire, alors que les intrigues se chevauchent souvent en montage alterné et que plusieurs personnages secondaires ont des objectifs différents, le tout est d’une grande clarté, sans impression de fouillis et sans longueurs.

Les acteurs sont tous excellents, d’ailleurs, Martin Freeman et Ian McKellen en tête. On peut avoir l’impression, d’ailleurs, que le Hobbit est un peu effacé dans ce film, par rapport aux autres personnages. Mais il revient sur le devant de la scène pour notre plus grand plaisir dans le final que tout le monde attendait, le face à face avec le dragon. Ou plutôt, la partie de cache cache, qui commence exactement comme dans le bouquin. Martin Freeman nous régale de ses mimiques burlesques, tantôt apeuré tantôt maladroit, et devient touchant lorsque son personnage trouve en lui un courage que l’anneau lui même ne peut remplacer.

L’acteur retrouve dans cette séquence son complice de la série Sherlock, Benedict Cumberbatch, dont la performance est ici captée pour incarner le dragon. Et lorsque celui ci se dévoile… Quelle splendeur, quelle majesté ! Et la ruse qui se lit sur ses yeux, et le sourire en coin. On l’a attendu, il ne déçoit pas ! Et le jeu entre les deux est savoureux ! Un autre point important à souligner ici : chez Peter Jackson, on trouve évidemment une débauche d’effets spéciaux, mais toujours au service l’histoire. Et jamais au détriment du jeu d’acteurs. Ils ont beau être maquillés, ou bien jouer en performance capture, ils habitent leur personnage et sont tous justes. Ainsi, toute cette séquence entre Bilbo et Smaug est réellement portée par ses acteurs. C’est pour cela, sans aucun doute, qu’elle fonctionne aussi bien.

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Vous l’aurez compris, le film pour moi remplit toutes les attentes, toutes les promesses d’un second volet et offre même plus. Un bestiaire fabuleux, une dose d’humour, de mystère, un soupçon d’horreur, un crescendo maîtrisé et beaucoup de spectacle.

Certes, on peut toujours faire la fine bouche et dire que Jackson ne fait que du divertissement. Peut-être, mais il fait du divertissement de luxe, noble, avec amour et sincérité. Il entre en résonance avec notre âme d’enfant, notre capacité à rêver. C’est pour cela que des films comme celui ci peuvent, aussi, être si précieux.

Le film se termine d’ailleurs sur un cliffhanger absolument intenable (même lorsque l’on connaît le livre), et l’on se retrouve, à nouveau, en train d’espérer que l’année qui nous sépare du 3ème et dernier film s’écoule rapidement.

Comme à l’époque, quoi.

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