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L’aube se lève, brumeuse et mystérieuse. Je passe d’une aube à une autre, crade, terne et grise. Une aube bondée de gens pressés. Couloirs du métro. Je pensais ne pas être pressé, mais le flux m’entraîne, irrésistible. Je passe devant un mendiant qui réclame une pièce, que j’entends plus que je ne vois. Je m’éloigne et j’entends, derrière : « j’suis invisible c’est ça ? Connard ! »
Je crois que c’est pour moi mais je ne relève pas. Symptomatique de cette ville où même les mendiants t’insultent, car tout le monde à besoin d’attention au milieu de la foule monstre vorace qui envahit chaque centimètre carré de l’espace vital.
Comme ces gens qui dorment dehors. Non, pas ceux qui n’ont plus de domicile fixe. Mais ceux qui patientent, là, parmi les envoyés spéciaux de l’est qui usent de la Vodka à la fois comme d’un somnifère et comme d’un réchaud intérieur liquide. Les autres sont des « fans ». Représentants extrêmes représentatifs de l’absurdité de la société d’aujourd’hui. Quand le SDF patiente dehors pour avoir une malheureuse pièce, eux patientent pour claquer 800 boules. Des fans. Fanés.
Des sans-identités qui se redéfinissent dans des temples conçus pour qu’ils puissent croire qu’ils sont importants. Leur porte-monnaie est important oui.
Ils se pâment devant un aluminium brossé,  s’extasient devant un plastique jaune à pois verts. Leur connerie aux bouts de leurs doigts, qu’ils déversent par flots entiers comme des gazouillis d’oiseaux chargeant un ciel de printemps. Mais disgracieux. La recherche de la petite phrase assassine. Une rivière de cynisme consumériste inutile, faux et hypocrite.

La coupe est pleine ! Elle déborde ! Les connards 2.0. Et pour que l’on puisse les repérer dans le noir du néant qui suinte dans les interstices, ils mettent des hashtags. Comme des lanternes accrochées à des ânes par temps de blizzard. Pour en faire profiter la « communauté ». Hashtag : #jaicroqueunepomme . Ils survolent plus qu’ils ne visitent.
La vraie révolution serait de repartir de zéro. Le commencement 0.0 . L’inertie est trop forte, le monde est entrainé. Centrifugeuse perpétuelle. Et je suis là, parmi eux, ni mieux ni pire, car je suis.

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